Chapelle San Raffaele Gare de Trieste

Posted on 31 octobre 2017

« Qui sait comment il a réussi à se mettre à dos autant de gens, ce pauvre Jeoshua ben Iosef ? » Ces paroles que me souffla à l’oreille mon ami Carlo tandis que nous traînions dans les ruelles de Piazza Cavana, la veille au soir, me reviennent au moment où je pousse ma valise dans la gare de Trieste, douze heures plus tard. J’entre dans la chapelle San Raffaele et regarde, une à une, les stations de la Via Crucis frappées dans le métal. « Il les a trop sermonnés, il a fini par les épouvanter », pensai-je en moi-même, « le reflet qu’ils leur donnait d’eux-mêmes était trop criant. » « Dehors les marchands du temple » – qui pouvait s’accommoder d’une telle vérité ?
— Mais n’est-ce pas la même chose aujourd’hui ? ai-je répondu à Carlo.
— Sì », l’ai-je entendu dire à voix basse.
Saba, le poète de Trieste, qui avait peint le ciel immense de sa ville, dans sa pleine dimension continentale, s’était ainsi, par le filtre de la lucidité et de l’ironie, écarté de la sympathie de ses contemporains. Et pourtant, le Triestin comme le Nazaréen ont conquis les mortels en quête d’âme.
Je pose ma valise et m’assois sur un banc dans la petite chapelle ; j’ouvre la gazette du territoire catholique, Vita nuova, et lis l’éditorial, Comunismo senza carri armati, Le communisme sans les tanks. Déjà, rappelle le journaliste, Stefano Fontana, « Dostoievski avait compris que le problème du socialisme n’était pas la justice mais Dieu. Pour le régime soviétique, les églises auraient dû disparaître en 1936 et la parole « Dieu » devait être éliminée du vocabulaire de la langue russe. En Occident, poursuit-il, les tanks ne sont jamais arrivés jusqu’à nous pour nous libérer et pourtant le communisme a semé sa graine jusqu’ici. » Dostoievski : « Eh bien? Qu’y-a-t-il donc dans le socialisme? Il a détruit les vieilles forces, sans en apporter de nouvelles. » Le socialisme, conclut Stefano Fontana, nous a enseigné que derrière chaque principe, derrière chaque valeur, il y a toujours des intérêts matériels. Voilà ce que le communisme a apporté en Occident. La lutte contre Dieu et la lutte contre la famille. Ne sont-ce pas là les deux terrains sur lesquels œuvre le grand effort déconstructif en Occident? »
Et j’entends la voix du Nazaréen : « Dehors les marchands du temple ». Et, en écho, la voix de mon ami Carlo me revient : « Qui sait comment il a réussi à se mettre à dos autant de gens, ce pauvre Jeoshua ben Iosef ? »


Responses are closed for this post.

Recent Posts

Tag Cloud

Adelphi Alberto Sordi Alexis de Tocqueville André Gide Anthony Burgess Baudelaire Biagio Marin Boris Iampolski Burgess C. S. Lewis Ceszlaw Milosz Chantal Akerman Edouard Limonov Ennio Flaiano Federico Fellini Fellini Gaspare Gozzi Jean-Luc Godard Jean Eustache Jeremias Gotthelf John Ruskin Jonathan Swift Joseph Brodsky Joseph Roth La Repubblica Le Monde Leo Longanesi Maurice Samuel Michel Houellebecq Michel Onfray Mon cœur mis à nu Naples Nicolàs Gòmez-Dàvila Robert Walser Samuel Johnson Santa Maria delle Grazie Sellerio Serguei Dovlatov Stendhal Totò Valentina Polukhina Vassili Rozanov V S Naipaul W H Auden Zermatt

Meta

Brussell-express is proudly powered by WordPress and the SubtleFlux theme.

Copyright © Brussell-express