Anita Pittoni et le Zibaldone, Trieste et le monde, Un manifeste pour le livre d’une triestine

Posted on 20 avril 2017

« La patrie, c’est la terre où l’on parle sa langue, puis c’est la région où l’on est, puis c’est la ville où l’on est né, puis c’est la maison où l’on vit, puis c’est la pièce où l’on travaille, qui est la plus grande de nos patries, que l’on transporte avec nous dans le monde entier, l’endroit où l’on élit sa patrie : la pièce la plus tranquille, où l’on travaille le mieux.

« Le Zibaldone, fidèle reflet de Trieste, porte de l’Italie ouverte sur l’Europe, ouvre ses collections aux écrivains étrangers, classiques et contemporains, avec une attention particulière aux œuvres qui témoignent de la vie, des affaires et des coutumes d’une époque et d’un pays.

« La présence de petites maisons d’édition au sein du monde éditorial est justifiée quand celles-ci sont inspirées par un programme éthico-culturel précis, rigoureusement original, avec le but de réparer quelque lacune : publier des œuvres introuvables en librairie et les rassembler autour d’un fil conducteur qui fasse un projet cohérent.

« Une telle entreprise doit être, avant tout, un fait de conscience, une bataille : le petit éditeur se sent appelé à rester tel, de façon à continuer à œuvrer comme pionnier et comme chercheur et à expérimenter des valeurs nouvelles en toute liberté.

« Son travail minutieux n’est vraiment perceptible, peut-être, que par ses antennes personnelles : intime satisfaction qu’il retire de ses inévitables sacrifices. Parmi les satisfactions les plus explicites, il y a celles de pouvoir communiquer avec le cercle restreint de ses lecteurs affectionnés qui aiment découvrir un livre rare ; parmi les satisfactions plus secrètes, le constat de servir utilement la culture auprès des grands éditeurs par son rôle d’indicateur de domaines inexplorés ou méconnus. Un tel travail correspond à un idéal, que la société mercantile, de par sa nature, n’est pas en mesure de satisfaire. Collaboration, donc, et non concurrence : son goût et la foi dans l’efficacité d’un travail souterrain d’influence, capable de changer les coutumes, de séduire la critique et peut-être même, parfois, de tirer un signal d’alarme.

« Une situation de nécessité particulière s’est imposée à moi dans l’après-guerre par rapport à un territoire bien précis : ma ville, Trieste. C’est en 1948 que j’eus une idée claire de ce qui se devait faire dans un tel chaos : opposer au désordre ambiant l’ordre de la culture, et aux mensonges, la vérité des documents. Dans cette perspective, rien de plus convaincant et de concret que de publier et diffuser des œuvres originales des écrivains de la Vénétie julienne de tous les temps, qui, dans la variété des sujets traités pourraient dessiner un contour assez juste de la physionomie de Trieste et des terres juliennes, à une époque pas si lointaine encore autrichiennes, si peu et si mal connues dans la mère patrie.

« J’ai imaginé et j’ai fondé le programme du Zibaldone armée du courage des pauvres : je voulais offrir un voyage idéal à travers le temps et à travers les sujets les plus variés sur les ailes de la poésie et de la pensée pour faire connaître sur le vif  l’histoire de cette porte orientale de l’Italie ouverte sur l’Europe.

« Avec cette perspective – de mêler la culture locale et les cultures étrangères – je me suis sentie encouragée par ce jugement qu’Eliot exprime dans ses Notes pour une définition de la culture : « Il incombe à chacun, écrit-il, de développer les prémices implicites dont nos traditions sont porteuses en mettant toute la lumière sur le fait qu’une culture nationale est la somme d’une infinie variété de cultures locales ». Et il ajoute : « Mais j’ai déjà affirmé qu’une culture nationale ne peut que s’enrichir si elle entre dans un échange réciproque avec les cultures étrangères ».

L’Éditeur

(Dépliant de réclame inséré dans les ouvrages du Zibaldone)


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