L’Appel de Radetzky

Posted on 28 septembre 2016

radetzky« Habitants de la Lombardie !

« À la tête de mon preux et victorieux battaillon, je suis entré sur votre territoire en libérateur de la dominatination révolutionnaire et tyrannique qui pèse sur vous. Nombreux parmi vous ceux qui, séduits par de perfides suggestions, ont oublié les devoirs sacrés envers leur Souverain. Revenez avec dévotion sous le spectre béni de notre Empereur et Roi. Je vous tends la main et vous offre ma sincère réconciliation.

« Habitants de la Lombardie, écoutez mon conseil bénévole. Accueillez avec confiance mes braves troupes. Elles garantiront au citoyen pacifique toute la sécurité de sa personne et de ses biens, comme elles sanctionneront avec toute la sévérité martiale ceux qui s’obstineront dans le délire aveugle de la rébellion.

« Le choix vous appartient ; je m’engage quant à moi à mettre à exécution mes paroles. »

Quartier général de Valleggio, 27 juillet 1848.

RADETZKY

Je restai un long moment devant cette plaque, accrochée dans le musée de Solferino. À la gare de Desenzano del Garda, au kiosque, mon regard avait été attiré par un fascicule : Solferino & San Martino, 24 juin 1859, Musées et Monuments de la Bataille.

J’avais quitté le matin l’hôtel de la mission catholique à Sirmione et j’avais plaisanté avec la réceptionniste, qui avait répondu à ma plaisanterie avec malice : « Qui vous oblige à le faire ? Mais votre conscience, tout simplement ! — Mais n’est-ce pas précisément ce que l’on veut abolir aujourd’hui ?, avais-je renchéri. — Et la conscience et tout le reste », avait commenté ma missionaire rêveuse.

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Et c’est avec mes pensées blotties dans le nid de la conscience que je m’étais aventuré à Solferino et à San Martino, sur le champ de bataille où s’affrontèrent, un siècle et demi plus tôt, Autrichiens, Piémontais et Français, les premiers pour préserver leur souveraineté impériale, les derniers, pour gagner l’unité nationale de l’Italie – « nom d’une entité géographique », disait Metternich. Je gravis les marches de la tour du musée de Solferino jusqu’à en avoir le vertige. Depuis le sommet, on voyait à perte de vue la campagne et les terres qui de temps à autre, tant d’années après la bataille, recrachaient encore les ossements des hommes qui tombèrent. Je m’étais fait conduire à « l’ossuaire » et là, je m’étais recueilli devant cette montagne d’os et de crânes. Un merveilleux silence régnait dans la chapelle et tout autour, dans la nature, le chant des cigales réchauffait l’herbe dans laquelle je m’étais laissé choir, écrasé par la chaleur d’une après-midi d’août dans la plaine padane. Il n’y avait pas d’ennemis, il n’y avait que des valeureux rêveurs, que des frères dans la bienheureuse rêverie. Le Printemps des Peuples peignait sur la plaine le suaire d’un crépuscule avec la même promesse qu’une aube écarlate. La vieille idée du Saint Empire Chrétien flotte dans l’air, à Solferino comme à Waterloo.


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