Conversation avec Jean Renoir sur (et avec) les frères Lumière ou l’illusion du genre et du sujet

Posted on 14 juillet 2016

Dans ce film de (et sur) Jean Renoir, on apprend beaucoup sur la vie et sur l’art, qui ne semblent pas bien éloignés l’un de l’autre, tout comme la fiction et le documentaire, tout comme la réalité avec sa représentation, cette réalité qui est à la fois documentaire et fiction. Voilà pour l’illusion du genre. Et puis, il y a le sujet : est-ce le cinéma ? est-ce les frères Lumière ? Est-ce le cinéma des frères Lumière ? Est-ce Jean Renoir ? Ou peut-être le cinéaste Eric Rohmer en train de filmer Jean Renoir ? Voilà pour l’illusion du sujet. Jean Renoir a produit le tour de force d’escamoter et le genre et le sujet dans un film dont le genre (documentaire) et le sujet (propagande communiste) étaient définis par une commande : La Vie est à nous. Comment ? En mettant l’homme au cœur de son œuvre, « l’homme que Dieu a fait trop grand, beaucoup trop grand » disait Dostoïevski, et qui se joue du sujet et du genre, car il s’incarne indifféremment dans tous les sujets et dans tous les genres. La Vie est à nous n’obéit à aucun ordre communiste, tout comme Fellini, dans ses courts métrages publicitaires sur le Banco di Roma, n’obéit à aucun ordre capitaliste, par le simple subterfuge de filmer la réalité des hommes tout à leur joie et à leur peine, en leur rendant leur humanité. Même le mensonge peut être poétique quand on cherche l’humain.

Jean Eustache disait qu’il ne pensait qu’à une chose : « se rapprocher le plus possible du cinéma des frères Lumière ». La raison est tellement simple : revenir à une vision élémentaire du monde, qui nous restitue le monde qui nous échappe. C’est ce qu’il ressort de ces merveilleux propos sur le cinéma des frères Lumière, raconté par Jean Renoir. Écoutez-le parler : chaque mot est clair, le regard est pur, la diction est paisible et nette, la voix résonne de vérité – il raconte comme il filme. « Le cinéma, c’est un peu tout », dit-il. « La réalité que l’on filme toute crue est pleine de fantaisie, elle libère l’imagination », dit-il encore. Un grand Français nous parle, un homme familier de son époque et de toutes les époques, un homme tellement universel.


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