Jours d’été à Volterra | Brussell-express

Jours d’été à Volterra

Posted on 18 juillet 2013

Je sais gré à Perse d’avoir poussé mes pas vers sa cité natale, Volterra. Depuis quelques jours, je goûte à un vent frais qui souffle sur la colline où la pierre, tellement naturelle dans son expression, semble surgie du règne végétal – dans ses jointures transpire une sève vive. Je sais gré au libraire de Porta Alba, à Naples, de m’avoir ouvert ses rayonnages du monde antique dans la caverne du savoir où, perché sur un escabeau devant cette tribune, j’ai dialogué avec les Anciens. Quant à trouver ici une trace du passage de mon poète latin… seul le théâtre de la ville porte son nom : Teatro Persio Flacco, orné de la devise « vis unita fortior ». Et je n’ai qu’à tendre l’oreille dans le hall pour imaginer une scène écrite par le poète. Histoires personnelles déclamées à voix haute entre les employés – la jeune actrice venue de la capitale, Pise, amie du conseiller de la Région… la semaine de congés à prendre en septembre… Et, la faute à la satire de Horace, tout ne m’inspire que tendresse et compréhension. Je parcours la ville en promenant mon regard sur les dalles et les façades et les places, tout est baigné de blancheur, une onde de fraicheur m’accompagne en tout lieu ; dans les perspectives des ruelles qui ceignent le promontoire, les percées d’ombre et de lumière offrent au temps un terrain de jeu. Sur le pas des portes et des boutiques où l’on vend encore des légumes, du fromage, du pain, devant les ateliers où l’on exerce son métier avec aiguille, colle et encre, des vieux devisent entre voisins, assis sur un rebord de fenêtre, saluant les connaissances ; des enfants jouent avec un ballon et s’interpellent avec l’énergie des premières heures passées dans ce monde. Dans une échoppe, je feuillète un ouvrage sur les mœurs des Etrusques et je comprends qu’une seule inscription sur une pierre fait vivre une civilisation ; en foulant l’herbe du terrain de l’Acropole, j’entends les voix de l’Etrurie.

Je me couche sur la mousse d’un banc de terre et, blotti à l’ombre d’une pierre, le regard perdu dans le ciel, je me libère de toute pensée pour ne plus sentir que la pulsation tiède du moment; le temps exhale un halètement de gros animal ; sous la poussière, la main caresse des viscères encore chaudes; l’ennui nous conduit avec volupté à la béatitude.


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