Parabole du chausson à la merde et de la poire à lavement géante | Brussell-express

Parabole du chausson à la merde et de la poire à lavement géante

Posted on 12 janvier 2013

« Si l’on veut que tout reste comme avant, il faudra faire de grands changements » : cette citation historique du roman de Tomasi di Lampedusa, je la redécouvre à chaque pas, dans la ville barbouillée de manifestes électoraux. « Pour une Italie juste, pour que personne ne soit de reste » : les mots violés lacèrent les affiches sur les panneaux publics. Quelle lassitude que d’être invité sans relâche à monter sur un trône! À la pomposité du trône de la Justice, je préfère encore le chausson fourré à la merde – un peu de modestie ne devrait pas nous nuire.

Mes amis m’ont déconseillé d’aborder le sujet de la politique, mais pourquoi devrais-je me transformer en Ponce Pilate chaque matin pour mes semblables, au nom du Bien de tous? Que l’on me pardonne, je n’ai pas vocation à être un ogre. On n’a pas trouvé de meilleure formule que la compassion obligatoire pour exercer librement sur chacun, au nom de la Justice, une cruauté illimitée. Je compris mieux la vérité évangélique du roman du grand Sicilien quand je vins faire mes vœux à une comtesse de mes connaissances. Qu’elle refusât depuis toujours que je l’honorasse simplement, pour la noblesse de son titre, m’avait déjà inquiété. En niant son héraldique, elle effaçait son histoire – et celle de sa patrie; elle rejetait son identité – c’est-à-dire elle-même et les autres. Il ne lui restait plus que la fortune, et même cette fortune, elle l’avait avilie par l’option de « l’impôt libératoire » de la compassion obligatoire.

« Sur quoi travaillez vous, Brussell, en ce moment? », m’a-t-elle demandé comme je la saluai sur le pas de sa porte.

— Sur la parabole du chausson fourré à la merde et de la poire à lavement géante », ai-je failli lui confier.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=p_D2IxLGK8M[/youtube]

« Regardez donc où va se cacher la vérité, avais-je lu sous la plume d’une chroniqueuse milanaise qui commentait ce petit film sur « le choix électoral ». Non pas à l’église, non pas dans « la presse libre » et vendue, mais dans le très décrié “trash télévisé”. »

La comtesse me récita sa litanie sur la nécessité de changement : « Dans ce pays, il faut que ça change! » m’asséna-t-elle. Elle n’en finissait plus de se scandaliser des mœurs libidineuses de celui qui fut le Grand Condottiere du pays, l’ex Premier, qui lui faisait l’affront personnel de se représenter aux élections. Je compris alors ce qui la torturait plus que tout : c’était la franchise du bonhomme, qui prétendait sans fausse honte jouir de la vie à la hauteur de ses moyens extraordinaires. Nous avions quelquefois bavardé autour du sujet de la religion et je m’étais étonné de l’entendre batailler contre l’Eglise « qui devait se moderniser ». Elle me tint un discours écclesiastico-électoral martelé de mots d’ordre : j’avais devant mes yeux l’incarnation de cette vieille classe possédante qui avait compris que « pour que tout reste comme avant, il faudra faire de grands changements ». Et pour cela, elle n’hésitait pas à faire coalition avec ses tortionnaires potentiels, « les damnés de la terre » que courtisait avec elle l’Eglise politisée – pour sauver sa tête. « Bon, conclut-elle sèchement notre entretien, flairant désormais en moi l’insoumis malgré lui, si vous permettez, j’ai la messe qui m’attend. »

« Les toques rouges » n’officiaient pas que dans les tribunaux, elles coiffaient dans les paroisses désertées bien des crânes fatigués qui avaient oublié le sens de la prière, du pardon, de la foi. Une autre parabole me vint à l’esprit : celle du vote « Dada » pour le pécheur au sourire franc – l’homme riche sans complexes qui s’était fait lui-même –  et du vote « confesse’ » pour les clercs vendus aux marché des croyances. Mon âme conservatrice éprouve un grand besoin de se laver dans la débauche d’un cabaret zurichois.


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