Quelques pas avec Ennio Flaiano

Posted on 07 octobre 2010

Ce soir, au téléphone, je lisais ces vers dans leur langue originale à une lectrice italienne de brussell-express et nous nous sentions pleins d’affection pour l’auteur de ces petits poèmes réalistes. Me retournant dans mon lit, j’ai repris le livre et  je les ai traduits en sirotant une tisane de sauge et de thym. Je fais suivre ces quelques cartes postales de ce voyageur solitaire au lecteur et lui souhaite bonne route en compagnie du poète.

Petit portrait

Sexuellement confus, le playboy de gauche

lit les Evangiles et se prend pour Jésus.
Voyons, n’avait-il pas douze amis, ne fréquentait-il pas des femmes repenties,

n’habitait-il pas une maison dans un village de pêcheurs,

ne promettait-il pas aux simples d’esprit de son parti

que le règne de cette terre leur appartiendra,

avec ses biens de consommation, son confort et son industrie culturelle?

***

Deux choses

Deux choses sont utiles

à l’industrie culturelle :

le poète qui se tait

et l’augmentation du capital.

Deux choses sont utiles

au poète qui se tait :

le boom des romanciers

et l’ennui de la paix.

***

Donnez-moi un film américain

dont je ne connais pas l’auteur

pour m’extasier une heure ou deux

dans un cinéma de banlieue.

Se réveiller tout à la fin

juste à temps pour la publicité

du prochain film sur Frine…

Moi je veux vaincre l’ennui.
La vertu de l’intellectuel

C’est de se sentir l’égal

Du spectateur moyen.

Je refuse le cinéma d’art

qui suscite tant de discussions.
Esthètes et philosophes cuculs

ne confondons pas les cartes.
Donnez-moi un film de passion

avec une réalité plausible

pour qu’enfin soit possible

la générale masturbation.

***

Comme il est doux de se sentir tellement intelligents,

fondre pour le cinéma, se moquer du théâtre,

répondre à tous les sondages, avoir une opinion sur toute chose,

signer une pétition, expliquer la situation;

à une soirée faire l’éloge du dernier roman français

et mettre ses pendules à l’heure du dernier succès.

Comme il est doux de se tenir constamment informés,

de prendre place à gauche assuré d’un parent à droite,

d’organiser une fête, de défendre la poésie,

d’avoir la langue leste, de faire partie d’un jury.

Comme il est doux de se défaire des préjugés

en prétendant être pédé.

De déclarer à une belle que l’érotisme n’est qu’une aliénation,

fruit du néocapitalisme et clore la discussion.

Comme il est doux de suivre la mode qui passe,

de se refaire une beauté au goût de la culture de masse,

de ne jurer que par l’art engagé, la beauté de l’industrie

et finir la journée d’un coup de pistolet.

***


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