Hello, Kilvert! | Brussell-express

Hello, Kilvert!

Posted on 14 août 2010

Je viens de recevoir cette photo de mon ami Johan de Haes, Belge Flamand de Brussel/Bruxelles, capitale de notre beau royaume, posant près de la tombe de Francis Kilvert, dans le cimetière de l’église Saint Andrew, à Bredwardine. Depuis que je suis rentré à Bruges, to’ huus, je vois les jours passer et la promesse que je me suis faite de nourrir ce feuilleton en ligne au moins une fois par semaine vaciller. Bien qu’ayant mille sujets sur lesquels écrire — le merveilleux journal d’Ennio Flaiano qui m’a accompagné tout cet été, publié dans la collection La nave Argo par Adelphi (leur attachée de presse m’a écrit perfidement : « Buon lavoro » en m’envoyant le superbe volume), l’exposition à la galerie vénitienne, à Ostende, des 125 ans du tram de la côte, Tram in zicht!, un récent voyage en Lotharingie, à travers les provinces du Luxembourg, de Rhénanie et de Lorraine, (« Oh, allez, j’ai compris, tu es un Lotharingien, c’est toi le plus snob de tous! », m’a lancé d’un air gourmand mon lecteur chez Grasset), la lecture du prochain livre de V. S. Naipaul, The Masque of Africa, dont j’ai récupéré les épreuves lors de mon passage à Londres grâce à l’intervention de Lady Nadira auprès de l’éditeur — malgré tous ces sujets, je n’ai qu’une envie : me promener à pieds et en vélo sous la tiède pluie d’août, cadeau des dieux de cette Flandre maritime.

Un ami brugeois, de passage dans sa ville natale qu’il a quittée depuis trente ans pour la Suisse, m’a rendu visite. Il me confia sur un ton grave qu’il s’était réveillé dans sa chambre d’hôtel au son des cloches et qu’il il en avait reconnu le timbre. « Et oui, lui dis-je, ne prends pas peur, ce n’est rien d’autre que le timbre de la Chrétienté. »  Je reconnais ce timbre joyeux un peu partout en Angleterre, en Italie, en Flandre et dans de nombreux cantons de Suisse. Il va de pair avec le chant des dialectes. Mere Christianity, comme l’eût dit C. S. Lewis.

Demain,  c’et le 15 août, la fête de la Vierge, l’Assomption. Je me réjouis à l’idée de suivre la procession. A neuf heures, messe à la cathédrale Sint Salvator, puis ballade en fanfare dans les rues de notre ville. Le peintre Norbert Goegebuer vient de m’appeler depuis la Witteleertouwerstraat pour me donner en détail le parcours de la processie.

En date du mardi 7 septembre 1875, le pasteur Francis Kilvert, qui aimait tant regarder les petites demoiselles de douze ans recevoir la fessée et à l’occasion, la leur administrer lui-même « sur leur petits derrières dodus, en parfaite condition pour ce châtiment », notait dans son journal :

« Ce matin, été à Bath. Ayant une heure à tuer, suis entré à la cathédrale catholique. Je me suis agenouillé et j’ai prié pour la charité, pour l’unité et l’amour fraternel, et pour l’union de la Chrétienté. Cela ne devrait pas être un péché pour un protestant de prier dans une église catholique. »

*

En Brabant, en pays étranger

En me promenant dans les rues de Lissewege, en Flandre-Occidentale, je remarque un écriteau à la fenêtre d’une maison : « Poetsvrouw gefraagt ».

En moi-même, je traduis un peu à la hâte : « On demande femme de poète. »

Je rapporte cette aventure à Johan de Haes :

« C’est pourquoi, vois-tu, je me sens si bien en Flandre, on ne craint pas de montrer, à la fenêtre de sa maison, des désirs aussi profonds ! »

Il me regarde, étonné, et me demande ce que je trouve de si admirable à une telle annonce.

« Mais enfin, lui dis-je, Poetsvrouw ! N’est-ce pas extraordinaire, une chose pareille ? »

Son expression se fait un peu plus perplexe et, avec un grand tact, il murmure :

« Poetsvrouw ? Une femme de ménage ? Et puis quoi ? »

*

Johan reçoit régulièrement des appels d’investisseurs immobiliers parisiens, qui commencent à s’intéresser depuis peu à Bruxelles, longtemps délaissée.

Il leur répond très poliment en néerlandais. La stupeur est telle à l’autre bout du fil que ses correspondants raccrochent aussitôt, déroutés.

Les malheureux sont si mal informés qu’ils pensent sans doute ne pas avoir eu la bonne ligne et avoir atterri en pays étranger.

Ce qui, en effet, est le cas.


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