La parole aux internautes

Posted on 21 juin 2010


Ce dimanche, avec ce temps de chien, je suis resté à la maison à rêvasser, hormis une promenade dans les bois de la Versoix avec le chien de la voisine, un border collie à la belle robe blanche et noire, encore jeune et un peu fou. Tout à mes rêveries, je me suis amusé à relever quelques réactions d’internautes sur divers littérateurs frappés de ce mal du siècle, « la politisation aigue ». Je croyais que Pasteur avait trouvé le vaccin contre la rage mais apparemment, pas contre tous les types de rage. Je me suis souvenu de la diatribe exacerbée de l’arroseur arrosé Michel Onfray contre cette armée d’anonymes qui menace de très près sa crédibilité de nouvel intellectuel en titre, déjà fortement plombée parce qu’à Paris, la mode passe très vite, ce qu’on ignore au-delà de « ce vaste cercle d’égoïsme de cinquante lieues » qu’est la capitale. Pour mémoire, le grand prêtre de l’Université populaire de Caen s’en prenait à cette force démocratique désormais incontrôlable que constitue la communauté d’internautes. Eh oui, plus besoin de passer par les rédacteurs-censeurs du “Courrier des Lecteurs” des journaux et magazines qui ne passaient pas votre lettre “faute d’espace”, plus besoin d’aller mendier trois sous dans les ministères pour faire une revue… Plus besoin de courtiser — quel luxe, mes amis!

Voici donc un hommage à ces valeureux anonymes de la toile. Et s’ils se cachent derrière un pseudo, on ne leur en voudra pas de frustrer les désirs de châtiment et de vengeance d’un religieux rabique !

Coup d’envoi :

Dans Libération, au moment de la parution du Quai de Ouistreham de Florence Aubenas, le 18 février 2010, un commentaire fâché :

« Le torchon de cette tête-à-baffes est ignoble »

« Le safari chez les pauvres indigeste, la couverture médiatique indécente, ni fait ni à faire, comme dirait l’autre.

POURQUOI cette illuminée n’a tout simplement pas pris la peine d’interroger des femmes de ménage sur leurs conditions de travail, au lieu de cette mise en scène vulgaire?

Elle incarne la dégénérescence du métier de journaliste, médiocre, prévisible, m’as-tu-vu.

Poubelle!

Du flan de bobo ».

Dans Le Monde du 18 avril 2010, faisant suite à l’article Littératures de Vespasiennes de Michel Onfray, un appel aux bons sentiments :

« De quoi Michel Onfray est-il le pseudo? Eh bien, mais de lui-même, comme toujours, puisque le chantre néo-libertaire en vrai réactionnaire qu’il est, ne voit jamais dans le monde que les projections de lui-même. Surtout celles dont “on se vide, on se lâche, on éclabousse avec les remugles de son animalité” et dont il est à craindre qu’à en faire chronique dans Le Monde, il ne nous transforme bientôt ce beau quotidien en véritable torche-cul. »

Le mot pour rire : Florence et Michel, que de Caen-Caen!

Et ce week-end, toujours dans Le Monde, à la nouvelle de la mort du prix Nobel de littérature portugais José Saramago, cette remarque qui ne laisse pas indifférent :

« Il était un des derniers staliniens pur sucre qui n’arrivait pas à régler ses comptes avec l’église catholique, déchiré qu’il était entre deux religions, la communiste et la catholique. »

(Parenthèse : dans La Repubblica, l’éditrice Inge Feltrinelli rend ainsi hommage à son auteur : « Un des rares grands intellectuels européens libres, sans compromis ». “Libre et sans compromis” me semble être une métaphore pour “imbécile heureux”, mais après tout, la signora Inge Feltrinelli se sent peut-être elle-même “libre et sans compromis”. A ses côtés, un autre sérieusement politisé qui refuse toujours de se faire soigner, Roberto Saviano, le guagliuncè de Gomorra, rend également un vibrant hommage à son maître en idéologie. J’ai fini par comprendre pourquoi tant d’écrivains ratés avaient opté pour “l’engagement politique” : ils savaient qu’ils pouvaient “utiliser la littérature comme chausse-pieds en attendant mieux”, comme disait Stendhal.)

Entracte avec la chanson Guagliuncè, de Nino D’Angelo :

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=OZxDpGxTbn4[/youtube]

Enfin, sur le blog des éditions Léo Scheer, à propos du dernier roman de Michel Houellebecq dont notre collaborateur Augustin Dubois nous promet une critique, Passage de la carte au territoire, à paraître aux éditions Flammarion, on relève cette réflexion :

« Passage de la carte au territoire. Passage du plat au volumique. Passage de l’horizontalité à la verticalité. Passage du mort/inerte au vivant/vécu/viable… Passage de la carte au menu servi – souvenir de vacances où je donnais mes crevettes trop trop salées à un chat très très maigre. Pourquoi, dans certains lieux de vacances y-a-t-il tant de chats maigres, yeux crevés, pattes cassées alors que le territoire se peuple, en été, de touristes si sensibles et non habitués? »

Que d’impertinences! Mais soyons optimistes : la parole est en train de revenir aux lecteurs et cela devrait être « globalement positif », comme disait ce grand optimiste, le camarade Georges. Amis journalistes, bloggers, internautes, à vos claviers!


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