Chronique mondaine: Quand Madame Michu se prend pour Spinoza ou la philosophie de Michel Onfray | Brussell-express

Chronique mondaine: Quand Madame Michu se prend pour Spinoza ou la philosophie de Michel Onfray

Posted on 02 mai 2010

Augustin Dubois, ancien collaborateur du Lecteur, reprend la plume dans brussell-express et nous écrit du Cantal où il est en vacances.

À dates récurrentes nous parvient en provenance de la noble province de Normandie, haut lieu symbolique de la Libération, dans des volutes de livarot et d’andouille de Vire un grand courant anti-obscurantiste se faisant fort de dénoncer l’emprise que font peser sur les corps et les esprits de puissantes et sournoises institutions. 2006 vit ainsi le triomphe de l’athéisme forcément éclairé et avant-gardiste sur la religion forcément bigote et réactionnaire.

Cette puissante chasse d’eau émancipatrice s’attaque en ce début 2010 au séculaire bastion de la psychanalyse en dénonçant l’incroyable tentative de falsification de la vérité à laquelle se livre depuis l’origine ce mouvement de pensée qui, sous couvert de prétention scientifique, maintient sous son emprise des régiments de patients par l’intermédiaire de thérapeutes au mieux complaisants, au pire complices de cette gigantesque escroquerie intellectuelle. S’appuyant sur une lecture attentive des œuvres complètes de Freud (en français bien sûr) en cinq mois, ce qui d’emblée propulse Michel Onfray dans le Guinness Book des records (il faut préciser que Michel Onfray, pour ses précédents ouvrages, avait déjà lu toute la Bible, les Pères de l’Église, les œuvres complètes de Kant), le fondateur de l’université populaire de Caen propose rien de moins que de démonter cette monstrueuse entreprise de mystification en nous révélant l’envers du décor.

Sigmund Freud ? Un pervers sexuel, antisémite, admirateur de Mussolini et des régimes autoritaires, qui n’a eu de cesse de couvrir d’un voile scientifique ses propres névroses et de forger de toutes pièces sa propre légende, la réalité étant beaucoup moins glorieuse.

Tout cela n’aurait pas porté à conséquence si quelques relais médiatiques, soucieux d’augmenter leur tirage — il faut bien vivre —, ne s’étaient chargés de semer quelques grains de sel afin d’amorcer un des péchés mignons de la scène parisienne : le débat d’idées (ou ce qui en tient place, la moindre ombre d’idée faisant ici cruellement défaut). Bref, il fut prétendu, avec une feinte candeur, d’une part, que tout ceci touchait à la philosophie (si jamais quelqu’un a trouvé le moindre lien entre Michel Onfray et la philosophie, il est prié de se faire connaître à la rédaction), d’autre part que la liberté de penser exigeait qu’il fut répondu aux arguments avancés (c’est faire semblant d’ignorer qu’il existe des livres, un grand nombre de livres, auxquels on ne répond pas. Peut-on répondre à Mein Kampf?). Certains comprirent tout de suite tout le parti à tirer de la situation. Jacques-Alain Miller, fondateur de l’Association mondiale de psychanalyse, gendre de Lacan, se fit un malicieux plaisir de se poser en défenseur de toute la profession en se prêtant à un « débat » organisé par le mensuel Philosophies.

La description de Michel Onfray s’installant sur le canapé dans le grand appartement décoré de toiles de maîtres du raffiné pape du lacanisme, face au jardin du Luxembourg, n’a son pendant que dans la prise d’assaut du palais des Tuileries par la foule des sans-culottes, cruchon de gros rouge à la main, pour poser d’autorité un bonnet phrygien sur la tête de Louis XVI. Mais Jacques-Alain Miller n’est pas prêt au martyre et le rusé et subtil bretteur esquive avec brio et ironie les lourdes et laborieuses charges du soudard qui lui fait face et qui se croit même obligé de nous révéler ses pratiques masturbatoires d’adolescent.

À son tour, Elisabeth Roudinesco affecta de croire la psychanalyse menacée et commit la grossière erreur de donner la réplique en descendant dans la fosse à purin, les lèvres serrées et les narines pincées (Le Monde, 16 avril 2010). Ce faisant, elle se couvrit de ridicule, comme le releva notre confrère Michel Crépu (Libération, 17 avril 2010), se métamorphosant ipso facto en surveillante de dortoir qui corrige, la férule à la main, les petits insolents.

D’autres enfin, pleins d’une maladroite bonne volonté, voulurent lutter pied à pied et s’embourbèrent en tentant en vain de recenser l’invraisemblable brouet de contre-vérités, approximations, allusions, ignorances qui sont l’essentiel du fonds de commerce de notre démagogue.

Dans son échange avec Jacques-Alain Miller, Michel Onfray suggère à demi-mot que sa prochaine victime pourrait être Jacques Lacan, lui-même. Tous nos vœux de gros tirages à l’éditeur et à la presse.

Pour en savoir plus sur Michel Onfray, lire l’article  du père Jean-Michel Maldame, o. p. :

Michel Onfray ou le dialogue impossible : http://biblio.domuni.eu/articlesphilo/traitedatheologie/index.htm

et aussi, voir le site du très sympathique blog liégeois féminin, girlytendances : http://www.girlytendances.com/2010/02/04/la-rencontre-du-mois-michel-onfray/


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