Burgess : Nabokov, l’amour du parti et le roman social

Posted on 21 avril 2010

Nabokov est certainement un autre écrivain pour lequel il a de l’admiration, mais il est trop intelligent pour le prendre vraiment au sérieux et les articles consacrés à la correspondance Nabokov-Edmund Wilson ou à ses cours de littérature ont un ton de frivolité évidente.

Il s’amuse à citer un passage d’un roman soviétique qui fit l’objet d’un cours de Nabokov (tiré du Grand coeur, d’un certain Antonov, mais le lecteur trouvera vingt exemples de ce genre de prose dans la production du « roman social » d’aujourd’hui) :

« Olga se taisait.

— Ah, s’écria Vladimir, pourquoi ne peux-tu pas m’aimer comme je t’aime ?
— J’aime mon pays, dit-elle.

— Moi aussi, s’exclama-t-il.

— Et il y a quelque chose que j’aime encore plus fort, continua Olga, qui se dégagea de l’étreinte du jeune homme.

— Quoi donc ? » s’enquit-il.

Olga posa sur lui son regard bleu limpide et répondit rapidement : « C’est le Parti. »

Mais ce n’est qu’une diversion, qu’un divertissement pour passer à quelque chose de plus profond, la langue russe, une des passions de Burgess : il relève dans une phrase d’Anna Karenine les mots « zhemchug, ozhivlenie, uzhasnoe, zhestokoe. Zh après zh après zh. La belle Anna Karenine est enfermée pour toujours dans une forêt bourdonnante ».

Brodsky, au début de son livre sur Venise, Fondamenta degli incurabili (Aqua alta, en français), dit son amour du mot vodorosly, « algues », en russe.

Le poète polonais Zbigniew Herbert, visitant le musée d’Arles dans les années soixante, y vit la pétition des commerçants de la ville qui réclamèrent l’internement de Van Gogh. « Cette pétition sera la honte éternelle des épiciers d’Arles », écrivit-il dans son livre Un barbare dans le jardin.

Stendhal ne put publier ses excellents articles sur les mœurs de son temps que dans la presse anglaise, pour la honte éternelle de la presse de son pays. Quelle aubaine pour les lecteurs français que ces articles d’Anthony Burgess, qui n’ont pu être publiés dans la presse nationale, aient pu être réunis dans un livre ! Ils sont à eux seuls une école de journalisme, du journalisme élevé à un art de vivre.


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